3 juin 2014

L’option de la décroissance

Au lieu de nous lancer dans l’extraction de nouveaux types d’hydrocarbures, nous devrions promouvoir la transition écologique par la décroissance.

Une hypothèse connue depuis longtemps refait surface ces temps-ci. Les économies capitalistes avancées s’enlisent graduellement dans une ère de croissance économique anémique. Depuis les années 1980, la croissance de l’économie américaine a été avant tout le fruit de bulles successives d’actifs, surtout financiers qui ont provoqué une grande instabilité financière. Un cycle de la finance, plus court, plus imprévisible et, surtout, plus violent a remplacé le cycle d’affaires de l’économie réelle, marqué par ses récessions et expansions qui se succèdent tous les cinq à sept ans. La finance déstabilise à ce point les investisseurs de l’économie réelle qu’elle les décourage à investir et les rend incapables de planifier à long terme.

Mais d’autres causes expliquent la croissance anémique de notre économie. Depuis trois décennies, les salaires de la grande majorité de travailleurs en Amérique du Nord stagnent, leur sécurité d’emploi s’effrite, les aides gouvernementales (pension, soins de santé, protection contre le chômage) sont réduites. Cette situation a fragilisé la demande des consommateurs, malgré le recours au crédit. Les politiques d’austérité de l’État, la suraccumulation de capacité productive à faible coût des économies émergentes (Inde, Chine, Asie de l’Est et du Sud-Est), entraînent une pression à la baisse des salaires dans certaines régions clés du monde développé (Allemagne, Sud des États-Unis) engendrent aussi de fortes pressions à la stagnation. Enfin, l’extraction de pétrole qui est de moins en moins efficace énergétiquement et de plus en plus coûteuse économiquement entraîne également une pression à la baisse sur sa croissance.

De plus, il y a une limite à la quantité de carbone que nous pouvons émettre sans bouleverser complètement le climat de la terre, car les sources dites non conventionnelles (sables bitumineux, pétrole de schiste), émettent beaucoup plus de carbone par kilojoule extrait que les autres formes d’hydrocarbures sans compter que leur extraction est très coûteuse.

Jusqu’à tout récemment, le gouvernement québécois s’est montré intéressé par le développement d’une industrie d’extraction de « pétrole extrême » au pourtour du golfe du Saint-Laurent. C’est un pas dans la mauvaise direction. L’État devrait plutôt donner un coup de barre pour sortir nos économies de la pétrodépendance. Le Québec, riche de son potentiel hydroélectrique, serait particulièrement bien placé pour prendre ce tournant de la modernisation écologique. Actuellement, il y a confusion entre le développement économique de notre société pour répondre à nos besoins — et les exigences de rentabilité et d’accumulation des grandes sociétés. Nous devons plutôt envisager l’objectif de la décroissance qui permettrait de faire de la réduction du temps de travail et de la diminution de la consommation les objectifs qui orientent nos décisions économiques.

Par Jacques Baumier